Thème régional 4 : L’Asie, y compris la Russie
Comprendre l’Asie et la Russie : pourquoi ce théâtre stratégique est-il crucial pour la sécurité européenne
Les 22 et 23 mai 2026, l’Institut royal supérieur de défense (IRSD) a accueilli le 9e séminaire des Hautes études de sécurité et défense (HESD), consacré au thème régional 4 « L’Asie, y compris la Russie ».
Dans un premier temps, l’après-midi du 22 mai, les auditeurs ont pris part à une activité sportive. Conformément à l’approche pédagogique des HESD, ce moment a renforcé la cohésion entre les auditeurs – rappelant que le programme n’est pas simplement une succession d’exposés d’experts, mais la constitution progressive d’un réseau de décideurs de haut niveau.
Le choix de l’Asie (dont la Russie) comme quatrième thème régional reflète l’importance croissante de cet espace vaste et hétérogène pour la sécurité européenne et belge. De la guerre en cours menée par la Russie contre l’Ukraine et de l’essor militaire accéléré de la République populaire de Chine à la posture mondiale de plus en plus affirmée de l’Inde en passant par la nouvelle rivalité stratégique autour de l’Arctique, la région concentre bon nombre des tensions caractéristiques de l’environnement stratégique actuel. Celles-ci incluent la concurrence entre grandes puissances, la guerre hybride, les questions d’autonomie stratégique et la reconfiguration des architectures de sécurité régionales.
L’Inde, la Chine, la Russie et l’Arctique : six points de vue d’experts sur la complexité stratégique de l’Asie
Le programme s’est déployé au travers de six interventions de portée complémentaire et s’est ouvert par un exposé de Gie Goris, journaliste fort de trois décennies d’expérience dans le reportage international. Ancien rédacteur en chef de Wereldwijd et de MO*, Goris a acquis une expertise d’une rare profondeur sur l’Asie. Il a proposé aux auditeurs une analyse nuancée et fondée sur des données empiriques de l’Inde en tant que « géant silencieux » sur la scène mondiale. Il s’agit en effet d’un pays dont la profondeur civilisationnelle, le poids démographique et l’assertivité politique sont souvent mal interprétés ou sous-estimés dans le discours occidental sur la sécurité.
Le Dr Bruno Hellendorff, actuellement au ministère belge des Affaires étrangères et ancien chercheur à l’Institut Egmont et au European Policy Centre, a examiné l’importance stratégique de la région indopacifique et la modernisation militaire rapide de la Chine. Son intervention a replacé l’essor de la Chine dans le contexte plus large de la reconfiguration de l’ordre international et a accordé une attention particulière à la sécurité maritime et à l’évolution de l’équilibre des pouvoirs dans la région Asie-Pacifique.
Le professeur Bart Dessein (Université de Gand), président de l’association européenne d’études chinoises (European Association for Chinese Studies), a proposé une lecture culturelle et idéologique plus approfondie de la Chine. Son analyse de l’évolution du Parti communiste chinois et de ses implications pour les ambitions stratégiques à long terme de Pékin a fourni aux auditeurs des outils essentiels pour comprendre la politique étrangère de la Chine au-delà des indicateurs géopolitiques immédiats.
La dimension russe : deux angles complémentaires
La Prof. Dr Ria Laenen (KU Leuven) est une experte en politique étrangère russe, en développements politiques en Russie et dans l’espace post-soviétique, en relations UE-Russie, en géopolitique eurasienne et en conflits gelés. Elle a examiné les motivations et la culture du pouvoir qui ont conduit Vladimir Poutine à décider de déclencher une guerre contre l’Ukraine, en situant le conflit dans le cadre des ambitions impériales plus larges de la Russie.
Nicolas Gosset, ancien chercheur au Centre d’études de sécurité et défense (CESD) de l’IRSD et actuellement diplomate à la Représentation permanente de la Belgique auprès de l’OTAN, a analysé les liens structurels et les tensions latentes au sein du partenariat russo-chinois, en mettant l’accent sur les asymétries et les vulnérabilités inhérentes à l’alignement Poutine-Xi et leurs implications pour l’ordre international.
Pour clôturer le programme, Karen Van Loon a étendu la portée géographique du séminaire jusqu’à son point le plus septentrional. Chercheuse associée au sein du programme des affaires européennes de l’Institut Egmont et chercheuse au programme de sécurité et de défense de Clingendael, ses recherches portent sur la géopolitique de l’Arctique, le contrôle des armements et la non-prolifération nucléaire. Son intervention a abordé l’Arctique comme une arène émergente de concurrence géopolitique, où convergent les ressources énergétiques, les routes de navigation maritime, les postures militaires et les impératifs de contrôle des armements, et où de multiples acteurs étatiques se positionnent avec une urgence croissante.
Les HESD : préparer les décideurs à une ère de complexité
Ces six interventions ont offert aux auditeurs une compréhension structurée et intellectuellement rigoureuse d’une région qui façonnera la sécurité internationale pour les décennies à venir. La valeur du 9e séminaire résidait non seulement dans la qualité des interventions individuelles, mais aussi dans leur cohérence collective : six perspectives disciplinaires et régionales distinctes, chacune éclairant une facette différente d’un même défi.
C’est précisément l’objectif des HESD : connecter l’analyse académique, l’expertise politique et l’expérience opérationnelle au sein d’une communauté de professionnels assumant de réelles responsabilités dans les domaines de la sécurité et de la défense. Les défis sécuritaires de cette ampleur ne peuvent être appréhendés à travers un seul prisme. Ils exigent le type d’engagement soutenu, de haut niveau et multidisciplinaire que les HESD peuvent offrir.
Les inscriptions pour la session 2027–2028 ouvriront en septembre 2026.